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Harcèlement sexuel :
¨ 30% des femmes salariées sont victimes de harcèlements sexuels en Europe
(selon une étude de la Commission européenne).
¨ 1 femme sur 5 dit avoir été victime ou témoin de harcèlement sexuel en France
(sondage Louis Harris, 1991).
Violences conjugales, comment en sortir ?
Le terme « violences conjugales » recouvre plusieurs réalités. Pour les
victimes, sortir de ce cercle infernal est long et douloureux, comme l’explique
Maïté Albagly, secrétaire générale du Mouvement français pour le planning
familial. [1]
Pour Liliana Gonzales, psychanalyste, les places assignées — en l’occurrence
celle des femmes battues — sont porteuses de souffrance mais aussi de
signification. De plus, explique-t-elle, le récit de la violence rencontre des
résonances chez celui qui écoute. D’où l’intérêt pour les professionnels de
prendre le temps de construire la relation avec la victime
Selon Marlene Frich, conseillère conjugale et familiale et thérapeute, la
violence conjugale recouvre un conflit psychique vie-mort. L’autre,
explique-t-elle, devient nécessaire pour assurer la survie. C’est un travail du
couple, pense-t-elle, qui est nécessaire pour en sortir
Que recouvre le terme « Violences conjugales » ?
Maïté Albagly : Il définit le processus au cours duquel un partenaire exerce
des comportements agressifs et violents à l’encontre de l’autre, dans le cadre
d’une relation privée et privilégiée. La violence conjugale peut être le fait de
l’homme comme de la femme, cependant, dans 95 % des cas, la femme en est
victime.
Quelles formes prend la violence conjugale ?
Elle peut prendre plusieurs formes, isolées ou conjointes, comme la violence
psychologique disqualifiant la victime dans tout ce qu’elle est, la violence
verbale qui humilie, la violence économique qui consiste à soumettre une
personne par l’argent, la violence sexuelle avec par exemple le « viol marital »
qui impose des relations sans consentement. Tous ces comportements en général
précèdent la violence physique qui est la forme la plus connue et la plus
repérable des violences conjugales, la femme en portant les traces visibles.
Pourquoi les victimes ne portent-elles pas plainte rapidement ?
La violence conjugale procède par phases : la déconsidération, les coups,
l’explication des coups, la déresponsabilisation « Je ne suis pas responsable.
Tu as provoqué ma colère », les excuses et enfin la « Lune de miel ». La lune de
miel est un état fantastique durant lequel la victime va retrouver l’autre tel
qu’elle l’avait imaginé quand elle l’a choisi comme partenaire.
Existe-t-il un « profil type » des femmes qui subissent de la violence ?
Non, les femmes de tous milieux culturels, intellectuels ou économiques sont
touchées. Cette violence est encouragée par l’oppression sociale des femmes,
amplifiée par l’inégalité et la dépendance économique. Bien entendu, une femme
dévalorisée ou battue dans son enfance aura moins de ressources pour se défendre
qu’une femme avec une personnalité bien construite.
La grossesse ou la naissance d’un enfant peuvent-elles déclencher la violence ?
Oui. Souvent, lorsque la femme est enceinte, l’homme violent supporte mal de
ne plus être le centre d’attention.
L’isolement fait-il partie de la violence ?
Oui. Les femmes qui subissent de la violence sont isolées. Certains hommes
vont chercher leur amie, ou leur femme au travail pour prendre encore plus de
contrôle sur leur vie. La jalousie aussi fait partie de la batterie de l’homme
violent. Il est insupportable que quelqu’un puisse manifester un intérêt pour sa
femme. Plus la femme rencontre de monde, plus il craint qu’elle ne parle.
L’éducation des filles a-t-elle un rôle ?
Oui. Les stéréotypes sexistes sont encore bien présents, véhiculés jusque
dans les livres scolaires et les jouets. Pour cela, au planning, nous proposons
des animations et des discussions dès la maternelle à des groupes mixtes. Nous
leur montrons qu’un homme et une femme sont à égalité, ce sont des partenaires.
Quand la victime commence-t-elle à rejeter la violence ?
Lorsqu’elle vient nous rencontrer au planning, la victime parle de ce
qu’elle vit aujourd’hui. Si nous l’aidons à réaliser un flash-back, elle prend
conscience que la violence existe depuis longtemps. Elle a commencé souvent très
vite, mais la victime ne le réalise que quand cela devient insupportable. Chaque
victime à son propre seuil de tolérance. Lorsqu’elle ne trouve plus de
justifications ou « d’excuses », elle commence à réagir.
Vers quels services peuvent se tourner les femmes victimes de ces violences ?
Une femme qui subit des violences en a honte. Le numéro « Violence
conjugales femmes info service », est un des outil très performant (Tél. 01 40
33 80 60). Il est plus facile pour une femme de raconter ce qu’elle vit à un
interlocuteur anonyme. Une fois que la parole a été libérée, les professionnels
de l’écoute vont amener la femme à se défaire de sa culpabilité. L’appel lui
permet d’entendre un point de vue extérieur qui va lui proposer des solutions :
porter plainte, intégrer un groupe de parole, se confier à un proche, vivre dans
une structure d’hébergement…
Le parcours pour sortir du cycle de la violence est-il long ?
Très. Il est semé de va-et-vient. Dans un premier temps, toutes les femmes
qui quittent le domicile conjugal y retournent. L’homme à ce moment-là promet
que la violence ne se produira plus, offre des preuves d’amour. Les médecins ou
travailleurs sociaux qui ne sont pas sensibilisés ou formés à ce problème
peuvent finir par dire : « Je l’ai aidée une fois, elle est retournée chez lui,
tant pis pour elle ». Il est donc indispensable de savoir que le parcours sera
long et chaotique.
Quelles réponses sociales sont apportées à la violence conjugale ?
Les foyers d’hébergement pour femmes battues constituent aujourd’hui la
seule réponse. Ce type de structure, malheureusement, est saturé de demandes.
Quant aux femmes des classes moyennes, elles refusent souvent d’y aller, elles
l’associent à la galère. Les femmes sont isolées et ont perdu le contact avec
leur réseau familial ou amical ou ont trop honte pour le solliciter.
Quelles aides psychologiques leur sont proposées ?
Il existe plusieurs réseaux associatifs et féministes et des centres de
victimologie qui proposent des lieux d’écoute, de parole et de conseils. Au
planning familial, nous privilégions les groupes de parole. La femme voit
qu’elle n’est pas la seule à subir de la violence. Des séances individuelles
sont aussi assurées par une conseillère conjugale.
Quelle est la réponse judiciaire ?
La loi de 1992, appliquée en 1994, fait de la violence conjugale un délit
pénal avec circonstances aggravantes [2]. C’est important que la société pose
des limites. Il reste des progrès à faire. Aujourd’hui, la justice condamne la
personne violente en fonction des preuves et de la répétition des preuves. Il
faut plusieurs plaintes et de nombreux certificats médicaux pour que la justice
intervienne. De plus en plus, les juges proposent de la médiation, dès la
troisième plainte, afin que le couple puisse trouver un terrain d’entente. Pour
le planning familial, la médiation en cas de violence conjugale n’est pas la
bonne mesure. Elle met au même niveau la victime et son agresseur. On ne peut
pas faire l’économie de nommer un agresseur pour que la femme puisse se
reconstruire. Nous espérons que l’enquête nationale sur les violences envers les
femmes en France [3], élément essentiel de reconnaissance réalisé par des
scientifiques, fera bouger les choses.
Les intervenants médicaux et sociaux sont-ils suffisamment sensibilisés à la
violence conjugale ?
Les sages-femmes, les infirmières, les médecins et bien sûr les travailleurs
sociaux sont des interlocuteurs importants. Malheureusement, tous ces
professionnels ne bénéficient pas assez de formation. Or, un professionnel doit
être clair par rapport à lui-même en ce qui concerne la violence, pour pouvoir
garder une bonne distance, entendre des choses, ne pas se refermer si les
paroles de la femme ravivent une blessure. |